Royale Echo de la Warche

Malmedy - Province de Liège

BREF HISTORIQUE:

C’est le 26 août 1846, au « Café du Midi », qu’Alphonse Graff, un jeune virtuose issu d’une longue lignée de musiciens, porte, avec une vingtaine d’amis, la société de musique « L’Echo de la Warche » sur les fonts baptismaux. En 1921, le Roi Albert Ier accorde le titre de Royale à la société qui fête son 75ème anniversaire.

Dissoute par l’envahisseur nazi en 1940 puis complètement anéantie par les bombardements de décembre 1944 (la bannière de 1882, une grande partie du répertoire et des instruments sont perdus), elle renaît de ses cendres dès la fin des hostilités. Fêtant son 100ème anniversaire en 1946, son 125ème en 1971 et son 150ème en 1996, elle ne cesse de s’agrandir pour compter aujourd’hui une soixantaine de membres actifs dont la plupart ont suivi ou suivent encore les cours de solfège et d’instrument à l’académie de musique de la ville de Malmedy.

La R.E.W. n’est pas peu fière d’avoir été dirigée par des chefs prestigieux comme Alphonse Graff, Clément Scheuren, Max Michel, Léon Renier, Paul Sana ou encore Gérard Close, l’actuel directeur de notre académie de musique. Doyenne des sociétés malmédiennes, la R.E.W., qui n’a connu que 9 présidents au cours de ses 165 années d’existence, peut s’enorgueillir d’avoir accompagné des solistes de renommée internationale tels que les trompettistes Alex Malempre (soliste au « Hessischer Rundfunk », membre des orchestres de Max Greger et de James Last) et Luc Capouillez (lauréat du célèbre concours Maurice André) par exemple.

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Depuis mars 2003, elle est dirigée par un jeune chef dynamique et talentueux, Vincent Dujardin, saxophoniste diplômé du Conservatoire Royal de Liège, professeur et sous-directeur à l’académie de musique de la ville de Malmedy.

Vincent Dujardin, très éclectique dans ses choix musicaux, a pour souci permanent de faire progresser la société et propose des oeuvres aussi plaisantes que variées. Qu’il s’agisse de musiques originales, classiques ou contemporaines, d’adaptations de musiques de films, ou encore de variétés, l’Echo séduit un public toujours plus exigeant. C’est sous sa direction que la société accède, le 6 novembre 2004, à la division « Excellence » et est agréée par les tournées « Art et Vie ».

Signalons aussi qu’une attention particulière est réservée à l’exécution de pièces extraites du riche répertoire malmédien. Un 33 tours intitulé « Airs Folkloriques et Oeuvres Contemporaines » fut enregistré en 1984.

LES PRESTATIONS MUSICALES:

La société régulièrement invitée à se produire lors de cortèges carnavalesques ou d’animations tant en Belgique qu’à l’étranger (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Luxembourg et Pays-Bas) prête également son concours à d’autres manifestations telles que cortèges officiels, lors de la fête nationale par exemple.

Le choix de pièces musicales très éclectique du directeur, a permis aux musiciens de la Royale Echo de la Warche de se produire en concert dans la salle de l’Orchestre Philarmonique de Liège en participant au projet « Les compositeurs de demain écrivent pour les amateurs d’aujourd’hui » en collaboration avec la classe d’écriture de Mr Michel Fourgon, professeur au conservatoire Royal de Liège.

PREPARATIFS ET PARTICIPATION AU CARNAVAL:

Comme toutes les sociétés de Malmedy, la Royale Echo de la Warche prend également une part très active au « Cwarmê », notre carnaval de rues qui a su garder toute son authenticité. Chaque année, elle adopte un nouveau thème, choisi par le comité et développé suivant différents axes à partir du mois de mai (9 mois avant le carnaval).

  • De nouvelles tenues sont imaginées et confectionnées pour son imposant corps de musique et sa nombreuse suite;
  • L’équipe technique se charge de la réalisation d’un char en correspondance avec le thème choisi;
  • D’entraînants arrangements musicaux illustrant le thème proposé sont confiés à l’inspiration experte de son directeur;
  • En plus de la réalisation des costumes, la suite se charge d’imaginer des « petits rôles » qui, de manière taquine permettront au public de prendre une part active à la fête, en se mêlant aux masqués et en exécutant des gestes burlesques.

Le samedi du carnaval, la Royale Echo de la Warche invite la population au bal qu’elle organise dans une ambiance typiquement carnavalesque. C’est encore une occasion pour la fanfare d’illustrer son thème en créant une nouvelle invitation chaque année.

FOLKLORE MALMEDIEN, LE CWARMÊ:

Le Cwarmê se déroule les 4 jours qui précèdent immédiatement le mercredi des cendres et donc la période de carême. Les 4 semaines qui précèdent, les déguisements les plus divers sont autorisés les jeudis. Lors des 4 jeudis gras, les sociétés sortent de manière individuelle et animent les rues et cafés de la cité de la tombée de la nuit au lever du jour. Les après-midis des 4 jeudis sont réservées aux enfants qui par un cortège ou des bals s’initient à la tradition carnavalesque malmédienne. A la Royale Echo de la Warche, la sortie officielle se déroule le 2ème jeudi gras. Evidemment, rien n’empêche les musiciens et les membres de participer aux réjouissances des 3 autres jeudis.

La tradition de la mascarade dans la cité de la Warche remonte sans nul doute au Moyen Âge. Elle a perduré au fil des siècles bien qu’elle n’ait pas toujours été bien acceptée par les autorités ecclésiastiques à la tête de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy. Le carnaval, moment de réjouissance et de bouleversement de l’ordre établi, n’était pas vu d’un bon oeil par les princes-abbés. Les interdictions de carnaval sont nombreuses au 18ème et 19ème siècles. Au 20ème siècle, à l’exception des périodes de guerres, le carnaval a toujours été fêté à Malmedy, sauf en 1962, où les autorités sanitaires du pays l’on interdit pour cause d’épidémie de variole.

Quatre jours de mascarades:

C’est depuis le 19ème siècle que les sociétés chorales et musicales sortent déguisées dès le samedi. Le Trouv’lê, autrefois capitaine de jeunesse, est la personnification du carnaval. Depuis 1950, il reçoit des mains du bourgmestre une pelle (lu trouv’lê) symbole du pouvoir du carnaval sur la ville. Depuis 1920, il est précédé par la Grosse Police et accompagné par deux Djoupsènes, tout de blanc vêtues.

Dès la fin de la cérémonie officielle, il parcourt la ville en tête d’un cortège humoristique et burlesque composé des membres des sociétés malmédiennes (La Royale Malmédienne 1866, la Royale Echo de la Warche 1846, Lu Mesnie Dol Haguète du Mâm’dî 1966, La Royale Fraternité 1874 et la Royale Union Wallonne 1847).

Au niveau musical, Olivier Lebierre (1851-1914), violoniste malmédien et compositeur de talent, à écrit une marche en 1874 en l’honneur de ce personnage emblématique. « Lu marche do Trouv’lê » est toujours jouée aujourd’hui lors du « Toûr do Trouv’lê » et constitue pour les malmédiens, le véritable hymne du carnaval. Il est d’usage à la Royale Echo de la Warche de jouer cet air à minuit le vendredi. Depuis une trentaine d’années, les malmédiens se pressent pour participer à ce moment privilégié où, pour la première fois du carnaval, « Lu Marche do Trouv’lê » retentit.

Le dimanche voit le déferlement des masqués dans les rues de la ville en une « bâne corante », bande courante animée et haute en couleurs. Depuis 1888, les sociétés composent un cortège avec tous les masqués. Chacun est libre de choisir le déguisement qu’il désire parmi les masques traditionnels suivants: Haguète, Vèheû, Sotè, Savadje, Savadje-Cayèt, Hârlikin, Long-Né, Lonkès-Brèsses, Long-Ramon, Boldjî ou Cwapî qui ensemble vont perpétuer gestes et taquineries transmis de génération en génération. Le Cwarmê est un carnaval de rues, véritable jeu interactif entre masqués et spectateurs. La polissonnerie y est codifiée dans des prescriptions de jeux de rôles spécifiques à chaque masque. La langue des masqués est depuis toujours le wallon.

La Royale Echo de la Warche a l’honneur, une année sur deux, de se présenter en tête de cortège, juste derrière le Trouv’lê et la Grosse Police. L’autre année, c’est à la « Royale Harmonie La Fraternité » que revient cet honneur.

Le lundi est le jour des « roles », représentations théâtrales exclusivement en wallon et présentées par des membres des deux sociétés chorales. Les « roles » sont des revues satiriques qui mettent en scène des personnages connus et présentent des anecdotes de la vie locale. Cette tradition théâtrale sur tréteaux à permis la conservation d’une pratique originale répandue autrefois dans les campagnes par les comédiens ambulants.

A la fin du 19ème siècle, le mardi gras était le jour des « Mâssîs Toûrs », cortèges de masqués loqueteux aux limites de la décence. Ce temps là est révolu et si le nom est resté, la pratique est différente. Le mardi est l’occasion pour chaque société de déambuler une dernière fois dans la cité et de se rendre dans les cafés avant de se réunir sur la place principale pour rendre un dernier hommage à la Haguète lors du « Broûlèdje dol Haguète ». C’est également le moment pour la Royale Echo de la Warche de rendre hommage aux anciens en se rendant dans les deux maisons de retraite pour permettre aux plus âgés de prendre une part active dans le carnaval et de partager quelques danses avec les musiciens et la suite de la société.

Lors du « Broûlèdje dol Haguète », un texte en wallon l’ « Arvèye Haguète » est lu et le bûcher surmonté d’une Haguète en papier est embrasé par les présidents des sociétés locales. Chaque société effectue son dernier « tour de piste » et clôture les festivités carnavalesques avec un petit pincement au coeur.

LU NUT’ DU MAY:

Autrefois: à la fin du 19ème siècle, dès l’aube du 30 avril, les jeunes gens munis de haches et de scies se rendent dans la forêt pour choisi « on may » (un jeune hêtre). Il cherche le plus bel arbre possible car, dès le lendemain matin, il sera le témoin de l’amour que le jeune homme porte à sa fiancée. Lorsqu’il a fait son choix, le jeune homme rentre chez lui comme si de rien n’était. Il a pris soin préalablement de cacher son may dans une grange près de la ville.

Le soir venu, il se rend dans un des cafés de la ville pour rejoindre « su bâne » (son groupe d’amis). Tous attendent minuit. Dès le dernier coup de cloche, les cafés se vident et chaque bâne va chanter la sérénade aux fiancées des jeunes gens qui la composent. Aux petites heures du matin, lès bânes se décomposent et chaque jeune homme va chercher son may, il va revenir le planter devant la maison de sa fiancée et il montera la garde auprès de son arbre jusqu’au lever du jour.

Aujourd’hui: les bânes s’organisent toujours dans les cafés mais il est rare de voir dès mays garnir les façades des maisons. Dans les sociétés musicales ou chorales, musiciens et chanteurs s’organisent également pour aller jouer l’aubade aux fiancées, aux épouses ou aux personnalités de la société.

La nuit de mai à la Royale Echo de la Warche: la fanfare compte deux bânes (lès djônes et lès vîs). Vers 22h30, les deux bânes se retrouvent sur la Place Albert 1er au centre de Malmedy. C’est l’occasion de jouer ensemble pour la première fois de la soirée « Lu nut’ du May ». A la fin de la prestation, un membre désigné préalablement annoncera la dédicace en wallon: « Po tot lès mâmdiyins dol pârt do l’Echo ». Cette dédicace sera personnalisée en fonction de chaque arrêt.

Les deux groupes resteront ensemble durant environ deux heures. Le temps de se rendre devant les deux maisons de retraite pour y rendre hommage aux anciens et de jouer l’aubade au président honoraire et à son épouse, à la présidente ainsi qu’à sa famille et au président d’honneur et à son épouse. Après cette partie « officielle », les deux bânes se rendront séparément chez les épouses et fiancées des membres ou chez les parents des plus jeunes.

LU CUH’NEE:

La cuh’née est un régal aux pommes de terre en robe des champs, cuites sous la cendre ou dans le four. Elle se déroule de la mi-septembre à la mi-octobre. Lors de la période de la récolte des pommes de terre, appelée en dialecte local « lu rayâye ». Le mot cuh’née peut s’écrire cus’née (forme la plus ancienne), cuh’née (à partir de 1873) ou encore cûch’née (dès 1898). Les trois prononciations sont encore en usage dans le wallon malmédien. Ce mot provient de l’ancien mot du dialecte wallon liégeois « keussier ».

Comment se déroule la fête? Les cuh’nées sont organisées par les sociétés locales. Qu’elle soit folklorique, sportive ou musicale, chaque société met un point d’honneur à inviter ses membres à ce repas traditionnel moyennant une petite participation financière. Dans les familles malmédiennes, c’est aussi l’occasion d’inviter les amis à partager une soirée typiquement locale. Le plat s’est un peu étoffé au fil du temps et les « pètées » sont accompagnées de harengs marinés, d’oignons crus à la crème et d’oignons cuits. Les deux boissons recommandées pour accompagner ce plat, sont la bière et le genièvre appelé en Wallonie « pèkèt ».

Comment mange-t-on la cuh’née? « Pètées » et harengs se mangent de façons assez particulières: On prend la pomme de terre dans le plat avec les mains. On la partage en deux et toujours avec les mains, on écrase un peu le tubercule pour qu’il se crevasse. On y introduit alors une petite noix de beurre, on sale et on poivre. Sous l’effet de la chaleur, le beurre fond et « entre » dans la chair de la pomme de terre qui est bonne à déguster. Le hareng est pris par la queue avec le pouce et l’index, l’autre main saisissant l’autre côté. Il suffit alors de déchirer le hareng dans le sens de la longueur. Une partie conserve les arêtes, l’autre en est exempte. On procède de la même façon pour se débarrasser des arêtes restantes.

LU SINT MÂRTIN:

Autrefois: les préparatifs ont lieu durant le mois d’octobre et les premiers jours de novembre. Des groupes d’enfants (bânes) se forment dès la sortie de l’école pour procéder à l’enlèvement de matériaux hétéroclites (vieilles mannes, cagots, cartons,…). Afin de rassembler leur butin, une grange est mise à disposition des enfants. L’écrivain et poète malmédien Henri Bragard, mentionne dans ses souvenirs de jeunesse, deux bânes (celle du quartier de Floriheid: « en amon » et celle du quartier d’Outrelepont: « en al’ vallée ») qui rivalisaient pour avoir le plus beau feu. Il n’était pas question de collecter sur le territoire de la « bâne » rivale sous peine de déclencher une terrible bataille.

Le 10 novembre, dès le début de l’après-midi, des convois se mettent en route vers le lieu où le bûcher (l’èveûye) sera dressé. A cette occasion, de nombreux enfants font l’école buissonnière, trop heureux de participer au montage du bûcher de leur quartier. Lorsque le bûcher est terminé, chacun rentre chez lui pour manger en toute hâte. Dès la tombée de la nuit, un cortège formé des pères et des enfants se dirige vers la colline (Floriheid ou Outrelepont) pour allumer le feu. Les enfants font des farandoles autour du feu en chantant accompagnés par les musiciens qui jouent l’air « des Eveûyes ». Le quartier gagnant est celui dont le feu brûlera le plus longtemps.

Aujourd’hui: après la première guerre mondiale, des comités de quartiers (Floriheid, Outrelepont et Grands-Prés) se sont organisés et ont pris en charge le financement de ces réjouissances ainsi que la préparation des bûchers. Dans les écoles, les petits réalisent des lampions, appelés ici lanternes de Saint Martin. Les institutrices rivalisent d’originalité pour offrir un spectacle joyeux, coloré et varié lors du cortège. Dans les écoles de la ville, on apprend également la chanson de la Saint Martin et les sociétés locales répètent cet air traditionnel.

Le soir du 10 novembre, chaque quartier organise son cortège aux flambeaux qui emmènera les participants en musique jusqu’à la colline où le bûcher est dressé. C’est l’heure pour les plus jeunes de présenter leur lanterne et pour les plus âgés de se munir des flambeaux (appelés torches) qui serviront à allumer le feu lors du signal. Après le feu, les enfants reçoivent des sachets de friandises et un miroux (spécialité boulangère locale).

Remarque: si les sociétés locales répètent l’air « des Eveûyes », elles ne se produiront pas le soir de la fête. Chaque musicien mettant son talent au service de son quartier et non pas de sa société. On retrouve également dans les fanfares de quartiers, des musiciens n’ayant pas d’appartenance sociétaire spécifique.