Carnaval de la Grosse Biesse

Marche-En-Famenne - Province de Luxembourg
LE CARNAVAL DE MARCHE DANS LA TRADITION FOLKLORIQUE:

Le Carnaval de Marche tient ses origines d’un petit personnage moqueur, patriote et gai luron que l’on nomme Gugusse. La tradition reste d’ailleurs bien vivante à Marche puisque ce Gugusse revient 2 fois l’an narguer les Marchois et autres sympathisants. Il a même fait l’objet d’une bande dessinée!

Ainsi, avant même le Carnaval et sous la forme d’une marionnette, il dévoile des Affaires (eh oui, Marche a aussi ses Affaires) lors du traditionnel marché aux oiseaux du 15 août. Son franc-parler et sa bonne humeur provoquent chaque année le rire des spectateurs agglutinés devant le Castelet des « Mautchîs mî tchî qu’ti! »

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C’est également sous la forme d’une poupée qu’il revient chaque année depuis 1960 lors du traditionnel Carnaval du dimanche gras. Cette tradition veut que Gugusse soit ridiculisé au moyen d’une toile qui le projette en l’air sur le cri de lancement « A dri, à dra, houp tata Gugusse ». Inutile de préciser bien sûr que ce qui fait la renommée de ce groupe est de ne pas se limiter au seul Gugusse, mais bien de le remplacer par des personnes, principalement féminines, choisies dans la foule.

Gugusse n’est cependant pas le seul personnage qui participe au Carnaval du dimanche gras. Marche étant un pays de Famenne, il était tout à fait normal d’y trouver aussi des légendes comme dans beaucoup d’endroits…

C’est ainsi qu’en fouillant au coeur de cette capitale de la Famenne, nous avons retrouvé non seulement des légendes mettant en exergue le travail des Nutons, ou les loups, qui durant tant d’années, semèrent la terreur à Marche (au point d’en obtenir un nom de rue!), mais aussi une légende concernant une Grosse Biesse qui, paraît-il, aurait également provoqué la panique des habitants Marchois.

Une bande dessinée imprimée en 1987 rappelle d’ailleurs ces légendes. Cela explique la présence au cortège carnavalesque du dimanche gras de la Grosse Biesse du Fond des Vaulx qui, sortie en 1953, puis deux fois dans les années ’60, fait une réapparition annuelle depuis 1988.

Cette année encore, cette énorme bête (près de 20 m de long) crachera du feu sous forme de confettis et ses accompagnateurs (Biessons, Noss’Petit’, le chien Filou) taquineront le public en lui infligeant un bon shampoing à base de ces rondelles multicolores.

Non satisfaits de leurs personnages, auxquels il faudra ajouter les Diables et les Macrâles, les Marchois ont aussi leurs airs folkloriques: que ce soient ceux de la Plovinète, de la confrérie du Matoufè ou de la Grosse Biesse… tous joué par l’harmonie communale.

Depuis quelques années, sont venus s’ajouter d’autres groupes traditionnels de l’entité: Les Baloûches di Marloye, sobriquet des gens de Marloie, et les Zibistoukets et Grutchouyoux, oiseaux échassiers ayants sauvés les Nutons des marais du Fond des Vaulx.

Le Carnaval de Marche, depuis sa re-création en 1960, c’est aussi la présence d’un prince carnaval qui préside aux destinées de la ville pendant les jours gras. Depuis 1995 cependant, l’appellation de ce personnage a changé puisqu’on parle en effet de Grand autchî… pour celui qui prendra possession des clés de la ville dès le samedi après-midi jusqu’au mardi! C’est en l’an 2000 que ce privilège est revenu à la Grande Mautchwesse. En 2007, Caroline Henry a été la troisième du nom.

Les anciens Princes, rejoints par les anciens Grands Mautchîs, forment la Haute Cour Marchoise qui chaque année distribue des fleurs lors du cortège dominical.

Le cortège sera ouvert, comme chaque année, par Le Grand Georges, ce géant symbolisant le dernier crieur public Marchois et pour lequel une statue a d’ailleurs été érigée au coeur du piétonnier.

Il sera fermé par le Grand Mautchî, celui qu’on appellera pour 4 jours « Jacqui Li Fiesteû », vice-président du comité des fêtes de Marche.

Enfin, la tradition du Carnaval de la Grosse Biesse, c’est aussi l’art littéraire. Le samedi matin, Marche se découvre une parure de rire puisque apparaissent aux yeux de tous, les inscriptions humoristiques sur les vitrines des commerçants: jeux de mots laids, contrepèteries et autres horreurs deviennent le reflet de la personnalité des commerçants.

AU PAYS DES LEGENDES: LEGENDE DE LA GROSSE BIESSE DU FOND DES VAULX

Autrefois à Marche, au « Fond des Vaulx », vivait un peuple de Nutons barbus coiffés de bonnets pointus. Ils étaient très gentils et travailleurs. Comme ils étaient timides, jamais ils ne se montraient. Cependant, ils rendaient de nombreux services à la population.

Un matin, à la surprise générale, les Nutons envahirent la ville. Il y en avait partout: dans les greniers, dans les caves, dans les armoires…

Le comte de Marche fit capturer un Nuton. Il lui demanda pourquoi son peuple avait fui les grottes du Fond des Vaulx. Le petit bonhomme répondit que la « Grosse Biesse du Fond des Vaulx » les avait effrayés. Alors, le comte se souvint de l’existence d’une bête étrange qui se terrait dans un gouffre, « Li Trô Thi ô Fosses ».

Elle était grosse comme deux éléphants, avait une longue queue pointue, une tête de crocodile, des écailles comme des assiettes, un long cou et de grandes dents.

Son dos était garni d’une crête toute découpée et sa bouche crachait le feu. Elle ressemblait à un dragon. Le comte ordonna immédiatement de battre tambour pour rassembler soldats et Marchois afin de tuer l’animal. Tous, armés jusqu’aux dents, partirent à la recherche du monstre…

Pendant ce temps, dans les bois, une petite fille jouait à cache-cache avec son chien. Inquiète de ne pas le revoir, elle s’éloigna de plus en plus et arriva au « Fond des Vaulx ».

Tout à coup, les feuilles des arbres s’écartèrent… Une énorme tête avec deux gros yeux brillants apparut. Le monstre s’avança en crachant du feu. Prise de panique, la fillette recula. Le chien bondit de sa cachette, se précipita sur le dragon et lui mordit la queue.

La bête se mit à gémir comme un tout petit animal. La fillette eut pitié d’elle, la consola et la soigna.

Nos trois nouveaux amis décidèrent de rentrer en ville. A la vue du monstre, les gens effrayés tentèrent de le tuer. La petite fille les supplia de ne lui faire aucun mal car, cria-t-elle, son nouvel ami était inoffensif et très gentil.

Chacun fut convaincu. Le comte de Marche organisa une grande fête au cours de laquelle la bête promit de ne plus effrayer les nutons.

La « Grosse Biesse », surnommée ainsi par les Marchois, retourna vivre dans son gouffre en promettant de revenir leur dire bonjour de temps à autre.

Et c’est ainsi que, chaque année, on peut voir la « Biesse du Fond des Vaulx » au Carnaval de Marche.