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La vallée du Geer et spécialement le village d'Emael, dans l'entité de Bassenge, connaît au carnaval une effervescence toute particulière. C'est en effet dans le petit village limbourgeois actuellement rattaché à la province de Liège, que subsite bien vivant un carnaval dont l'origine remonte à la nuit des temps: il s'agit du carnaval noir, véritables richesses culturelles et folkloriques transmises de génération en génération.
Chaque année, bien avant la date du carnaval, les préparatifs vont bon train. Les "Houres" vivent dans les conversations de famille et animent les discussions de café. Enfin arrivent les jeudis-gras, avec ses "rouflades" (poursuites) et ses "rafles" (encerclement, guet-apens) dont le but est d'attraper les non-masqués pour tracer sur chaque joue un trait noir bien gras. Le soir "al sise" les "Houres" visitent les cafés où les taquineries se multiplient, mais aussi les maisons particulières où il n'est pas rare que les "Houres" se voient offrir une "fricassée" ou une "crasse eurye".
Devant le danger de voir se modifier ces traditions populaires, les membres de la "Société Royale Sainte-Cécile" ont décidé de mettre tout en oeuvre pour maintenir ce patrimoine folklorique, en respectant strictement les us et coutumes lors des manifestations folkloriques qu'elle organise, et en particulier, les "sises".
C'est ainsi que lors du dernier jeudi-gras, après une sortie musicale, conduite par la "Grande Houre" et accompagnée par des confréries amies, a lieu, dans la grande salle, l'intronisation de "nouvelles Houres" et la dégustation de "l'eureye a pîs d'pourcès" (pieds de porc et potée aux choux). La soirée se termine par un bal masqué rassemblant tous les amoureux du carnaval ... et du "pèkèt des Houres".
Vient ensuite le dimanche. Il est réservé aux déguisements plus élégants, rassemblés dans un cramignon dansant dans les rues, aux rythmes de l'harmonie Sainte-Cécile.
Dans un répertoire qui lui est propre, les "petites Houres" forment un "char" et entourent le géant qui leur distribue des confettis et autres cotillons. La journée se termine par un bal masqué.
Dès lundi, nous entrons dans le carnaval noir proprement dit : dès le levé du soleil, et cela jusqu'au couché de celui-ci, les "rouflades" vont bon train dans l'ensemble du village, ainsi que des "rafles". En fin de journée, une sortie musicale crée l'ambiance dans les rues du village. Le mardi est semblable au lundi en tenant compte cependant du "réveil Tambours" dès sept heures du matin et ce jusqu'a midi. Midi, heure à laquelle une fricassée est dégustée dans la salle Sainte-Cécile. La journée se termine par un bal populaire de clôture. La Société a cru bon devoir reprendre en main les traditions, car des habitudes se prennent et risquent de modifier la tradition.
Le Comité des "Houres" s'est constitué et a cru bien faire en dotant les "HOURES DU CARNAVAL NOIR D'EMAEL" d'un costume unique. Il était grand temps de remettre à l'honneur cette "Belle Houre" habillée de l'imagination spontanée avec deux "cotes" trouvées dans un grenier, la tête couverte d'une "Tîklete" prise en douce dans la garde-robe, le visage étant caché par une "Gordenne" (vieux morceau de rideau). Les attributs seront quant à eux des "Stotchèt", un "ramon", une "vesseye" (vessie de porc) et une "Pèce" pour noircir. Devant une telle richesse culturelle et folklorique, la Société estime devoir se proter garante d'une telle tradition et tient à se faire la propriété intellectuelle du "CARNAVAL NOIR D'EMAEL".
HISTORIQUE DU CARNAVAL NOIR DES HOURES D'EMAEL
Le carnaval noir des Houres d'Emael est sans doute l'un des plus anciens de Wallonie. Nos recherches nous conduisent jusqu'au 7éme siécle. En 633, par testament fait à Verdun, Grimon de Verdun léga le domaine d'Hédismalacja (ancien nom d'Emael) aux lépreux de Maastricht. Il y fut construit une maladerie pour accueillir ces malheureux.
Même isolé de la population, les ladres pouvaient circuler dans les rues du village à condition de se voiler le visage, de couvrir leur corps meurtri par les plaies et d'annoncer leur passage par des clochettes ou des crécelles. Effaryés, les villageois s'enfuyaient à leur approche. La lèpre, maladie trés contagieuse et incurable, se manifestait par des taches noires sur la peau et donc sur le visage. Cette épidémie dura près d'un demi-siécle. Enfin, la lèpre disparut, à la grande joie des Emaelois, mais il fallu plusieurs générations pour se libérer de ce cauchemar. Naïvement, nos ancêtres finirent par être convaincus d'avoir été les plus forts et d'avoir combattu victorieusement cette terrible épidémie.
Alors, ils s'en moquèrent en la méprisant. Puis, ils s'en amusèrent en imitant les lardes dans leur accoutrement qu'ils transformèrent en déguisement, mais aussi, en reproduisant sur leur visage, les stigmates de la maladie. Le jeu était créé, une tradition prenait naissance.
Une activité plus quotidienne pour notre région va confirmer la coutume de noircir. Notre sous-sol, constitué de tuffeau, a été exploité depuis la période romaine pour en extraire des blocs de construction. Les tailleurs de tuffeau,les "clocteux", sortaient de leur grotte, couverts d'une poussière blanchâtre qui les rendait cocasses. Les enfants s'en moquaient, les plus malicieux leur lançaient des quolibets. Pris au jeu et par contraste, les "clocteux", malgré leur fatigue les poursuivaient et leur noircissaient le visage. La taille du tuffeau se pratiquait surtout l'hiver, il n'est pas étonnant que les Emaelois faisaient commencer le carnaval, jusqu'il y a peu, dès le premier jeudi de janvier par les jeudis-gras des "p'tites Houres".

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