Volontaires Réunis de la Révolution Brabançonne de Ham-Sur-Heure (les)

Ham-Sur-Heure - Province de Hainaut
HISTORIQUE:

Bien souvent, lors de défilés et cortèges auxquels ce groupe folklorique et militaire de Ham-sur-Heure apporta son concours très remarqué, des exclamations ayant trait aux bicornes des Volontaires, fusaient des rangs des spectateurs: « Napoléon ». Cette allusion au couvre-chef du grand empereur est rien moins que justifiée. Le bicorne était très courant à la fin du XVIIIème siècle. Mais, détail important, le plumet et la cocarde sont à nos couleurs nationales. Il s’agit donc là d’une figuration authentique des premiers régiments belges en 1787-1790.

Il apparaît, bien des remarques erronées confirment cette opinion, que même pour des personnes plus ou moins averties, cette époque de notre histoire nationale est peu connue. Nous évoquerons donc rapidement les évènements qui amenèrent la création de compagnies de Volontaires-Patriotes de la Révolution Brabançonne, dans les Pays-Bas Autrichiens en 1787.

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1) Evocation des événements politique et militaires dans les Pays-Bas Autrichiens après la mort de l’Impératrice Marie-Thérèse.
Après la bataille de Ramillies en 1706 et le traité d’Utrecht de 1713, l’Espagne perdait la Belgique au profit de l’Archiduc d’Autriche Charles III, plus tard Empereur d’Allemagne sous le nom de Charles VI.

A la mort de ce souverain, sa fille unique, l’Impératrice Marie-Thérèse lui succéda et la mort de cette dernière en 1780, plongea les Belges dans l’affliction. Cette grande princesse avait su attirer l’affection de nos pères par les soins constants qu’elle mit à respecter leurs libertés.

Son fils aîné Joseph II, associé au gouvernement depuis 1765, lui succéda et sa position en montant sur le trône n’était pas difficile. Malheureusement, éloigné d’un peuple très attaché à ses libertés, il voulut en tant que « despote éclairé » imposer des innovations qui violaient les privilèges garantis par la constitution, dont il avait solennellement juré le maintien. Notons surtout que les réformes religieuses et administratives dans les institutions politiques du pays portèrent de graves atteintes aux droits acquis et garantis par des chartes séculaires; cependant qu’une espèce d’inquisition civile allait sévir.

Dès 1787, ces mesures despotiques rencontrèrent dans tous le pays une opposition insurmontable; la résistance s’organisa partout et l’exaltation patriotique étant parvenue à son comble, la cocarde brabançonne (rouge, jaune et noire) fut portée par tout le monde. Toutes les provinces, sauf le Luxembourg songèrent à s’unir par les liens les plus étroits, pour le maintien réciproque de leurs droits.

Voilà que survient la nouvelle de la prise de la Bastille à Paris (1789). Bon nombre d’officiers et soldats belges, au service de l’Autriche, désertent et s’enrôlent dans les compagnies de Volontaires-Patriotes levées dans presque toutes le villes, à partir de 1787. Le Général Van der Meersch remporte, aussitôt les hostilités déclenchées, une victoire sur les Autrichiens à Turnhout. Il est nommé Général en Chef de la nouvelle armée « Belgique ». Après les combats de Marche, Beauraing, Natoye, Assesses, Nassogne, les Autrichiens en retraite se retirent vers la province du Luxembourg, où les esprits sont restés attachés à leur cause.

La république des Etats Belgiques-Unis est constituée le 10 janvier 1790, mais déjà les ferments de discorde font prévoir la désunion entre les partisans de Vandernoot (conservateurs aristocrates) et ceux de Vonck (démocrates libéraux). Le Général Van der Meersch, victime d’intrigues écoeurantes, tombe en disgrâce, est arrêté et remplacé par le Général mercenaire prussien, Baron von Schoenfeld. Ce dernier, est vite impopulaire parmis ses troupes. Une première défaite contre les Autrichiens vient sanctionner l’indiscipline régnant dans son corps d’armée dénommé: « Colonne d’Andoy ». L’autre corps d’armée, dit « Colonne de Bouvignes », est commandé par le Général Koeler, mercenaire anglais, spécialiste de l’artillerie et comprend notamment des régiments de Bruges, Namur, des compagnies de volontaires du Hainaut, etc…

Les régiments du Hainaut sont cités parmis les plus braves et disciplinés de l’armée. Le Général Koeler remporte quelques succès sur les Autrichiens.

A la suite d’intrigues et de pressions de la Prusse, de l’Angleterre, des Provinces Unies et surtout de la conduite déshonorante du Général en Chef, Baron de Schoenfeld, la Colonne d’Andoy se retire en désordre vers Bruxelles et se débande sans essayer de défendre la ville. Le Général Koeler , reçoit l’ordre de se retirer et s’exécute à contre-coeur, en battant en retraite ordonnée en direction de Mons, en passant par Biesmes, Châtelet et Charleroi. C’est la capitulation et l’armée Belgique est licenciée à Gand le 3 décembre 1790.

Cette page d’histoire permet d’évoquer un épisode de cette retraite dont Charleroi fut le théâtre. Le 25 novembre 1790, dans la matinée, la colonne de Bouvignes, commandée par le Général Koeler et forte de 6311 hommes, dont 1000 volontaires du Hainaut entre dans la ville, opérant sa retraite depuis le front de Meuse. Charleroi semble investi par les dragons Autrichiens et Koeler décide de faire sauter les ponts sur la Sambre, mais sur l’insistance des magistrats, il renonce à ce projet, cependant que la place est mise en état de défense. Le 26, l’ennemi a disparu ; il compte surprendre les volontaires aux « Quatres Bras » (carrefour des routes Nivelles-Gembloux et Charleroi-Bruxelles). Le même jour, vers 10 heures du matin, la colonne de Bouvignes en bon ordre quitte la ville en direction de Gosselies, puis, par un heureux stratagème, trompe les Autrichiens en empruntant des petits chemins souvent impraticables et se dirige vers Binche et Mons.

2) Organisation de l’armée des Volontaires Patriotes (selon les historiens Borgnet et Rouen).
En décembre 1789, les régiments et corps de l’armée insurrectionnelle, formés dans toutes les villes (5 à 6000 hommes) se trouvaient sous le commandement du Général Van der Meersch. En avril 1790, le général était destitué et remplacé par le Général von Schoenfeld. L’armée se composait de onze régiments d’infanterie, quatre de chasseurs, cinq de cavalerie, un d’artillerie et un de maréchaussée. Ces régiments portaient toujours le nom des provinces, villes ou même des abbayes où ils avaient été formés. Une légion Belgique, composée surtout de volontaires étrangers renforçait cette armée. Les régiments d’infanterie comportaient généralement trois bataillons de six compagnies, ceux de cavalerie : quatre escadrons. Ces forces furent réparties comme nous l’avons signalé, en deux corps principaux: la Colonne d’Andoy (Général Schoenfeld), la Colonne de Bouvignes (Général Koeler).

3) Formation des Volontaires Patriotes, la situation dans le Hainaut et à Mons.
Un arrêté de juin 1790 décréta que les états des provinces seraient chargés de présider à la formation de compagnies de volontaires dans tout le pays. Ils ne recevaient pas de solde aussi longtemps qu’ils n’étaient pas mobilisés, mais la province leur fournissait armes, gibernes et munitions et l’exercice, généralement inspiré des règlements de l’infanterie autrichienne, avait lieu le dimanche après-midi.

Lorsqu’ils furent mobilisés dans quelques grandes localités, on les répartit en compagnies de 125 hommes. L’engagement était limité à trois semaines. Ces hommes étaient souvent commandés par un seigneur. Leur uniforme comportait de préférence les couleurs brabançonnes ainsi que la cocarde et le plumet. Ces volontaires étaient animés du plus grand enthousiasme, mais le courage individuel ne pouvait suppléer à l’inexpérience.

A Mons, huit compagnies furent levées dès 1787 (quatorze selon d’autres sources) et placées sous les ordres du Comte de Robersart. Elles portaient en général le nom de leur Commandant. Beaucoup de fils de nobles et de bourgeois s’enrôlèrent. Le lieu de rassemblement pour le Hainaut et le Tournaisis était: Fleurus et les environs. Nous savons que ces compagnies mirent en fuite, sans difficulté, la garnison autrichienne de Mons (régiment de Murray).

Parmis ces compagnies, il en est une qui retiendra particulièrement notre attention. Il s’agit des « Volontaires Réunis » (Commandant Faider). Selon des documents officiels (« L’armée Belge » du Colonel Rouen): l’habit était rouge, le collet et les parements noirs, les revers rouges, le gilet noir et la culotte blanche, le bicorne portait la cocarde et le plumet tricolores. Les officiers étaient chaussés de bottes noires et les soldats de guêtres blanches.

4) Historique de la reconstitution de la Compagnie des Volontaires Réunis de Mons, au sein de la Marche militaire Saint Roch de Ham-sur-Heure.
En septembre 1957 , Monsieur le Comte Charles-Henri d’Oultremont (Président fondateur), MM. Lejong, Goux, Gillot, Lefèvre, J. et R. Georgery décidèrent d’intégrer dans la Marche militaire Saint Roch de Ham-sur-Heure (1638) une compagnie aux origines essentiellement belges et n’ayant rien de commun avec les troupes du 1er empire. Après de multiples réunions, études de documents, visites au Musée de l’armée et consultations de MM. Lecomte, conservateur en chef, et James Thiriar, leur choix se porta sur la compagnie des Volontaires Réunis de Mons que nous avons évoquée ci-dessus. On en reconstitua l’uniforme aussi fidèlement que possible. On s’est également efforcé de reconstituer les maniements d’armes extraits des règlements militaires de l’infanterie au temps de l’Impératrice Marie-Thérèse.

En hommage à l’esprit de discipline et de bravoure dont firent preuve les compagnies de volontaires du Hainaut, au cours des combats de la Révolution Brabançonne, les membres de cette phalange reconstituée se sont toujours fait un honneur de recréer cet esprit de discipline et de dignité. C’est ce qui fit la renommée de la compagnie au cours de la procession militaire Saint Roch et lors des prestations nombreuses et mémorables auxquelles elle a participé, tant en Belgique qu’à l’étranger : Mons, Luxembourg, Amsterdam, Fribourg, Walcourt, Annecy, Tielt, Bruxelles, Tournai, Liège, Duisbourg, Lille, Bordeaux etc…

Actuellement, la compagnie (selon l’ordonnancement de l’époque) se présente dans l’ordre de marche suivant : un officier commandant en chef suivi d’une enseigne porte-drapeau et son escorte, une batterie de cinq tambours et un fifre (six tambours et deux fifres à l’occasion de certaines prestations déterminées) commandée par le Tambour-Major. A quelques mètres, vient un officier (Lieutenant) ou un sergent à la tête d’un peloton de fusiliers évoluant en rangs de trois hommes. Dans certaines circonstances et si le nombre de fusiliers le permet, le peloton peut être scindé en deux. Le second peloton étant alors commandé par un Sergent.

Il est à noter que le drapeau aux armes de Mérode (Ecu d’or à quatre Pals de Gueule, à la couleur du sang) fut offert par feu Monsieur le Comte Charles-Henry d’Oultremont, descendant de cette illustre famille, dont un des membres, insurgé de 1789-1790, fut élu député des Etats du Hainaut aux Etats généraux des Provinces Belgiques Unies et délégué des mêmes Etats à la Conférence de La Haye.

Notre drapeau ayant subit les outrages du temps, du soleil et des intempéries fut solennellement remplacé, à l’identique, le 22 septembre 1984, en la cours d’honneur du Château de Ham-sur-Heure. L’étendard, témoin de nombreuses et belles prestations, est actuellement exposé dans une salle du château. Son successeur accompagne toujours les braves volontaires lors de toutes leurs campagnes.

L’ordre « Pro Fidelitate » a été institué par le Président fondateur et récompense les volontaires les plus assidus aux différentes prestations. Les brevets et médailles sont octroyés à l’occasion des cérémonies commémorant l’anniversaire de la fondation de la compagnie. Il se constitue comme suit:
un brevet pour 25 prestations
une médaille de bronze pour 40 prestations
une médaille d’argent pour 80 prestations
une médaille d’or pour 120 prestations
une médaille d’or avec 1 barette pour 160 prestations
une médaille d’or avec 2 barettes pour 200 prestations
une médaille d’or avec 3 barettes pour 240 prestations
une médaille d’or avec 4 barettes pour 280 prestations

La Compagnie des Volontaires Réunis de la Révolution Brabançonne de Ham-sur-Heure, a commémoré en septembre 2007 son cinquantième anniversaire; pour cette occasion, elle a obtenu de Sa Majesté le Roi Albert II, le droit de porter le titre de « Royal ».